jeudi 17 août 2017

Devi Reed - Roseau Solo

Vous connaissez la voix de Devi Reed grâce au groupe toulousain The Banyans et à ses albums, Steppin’ Forward et For Better Days, qui auront su rassasier nos oreilles de pur reggae roots. Devi a sorti son premier album solo, Essence Of Life, le 19 mai sur le label Khanti Records. Le chanteur ouvre un nouveau chapitre musical et nous en dit un peu plus sur ses futurs projets.

Pour commencer, d’où vient ton nom ?
Devi est mon deuxième prénom et « reed » signifie « roseau » en anglais. C'est une plante qui me parle, car elle plie mais ne rompt jamais. Il y a une fable à propos d'un chêne et d'un roseau… Une grosse tempête arrive et le chêne se moque du petit roseau, mais c’est le chêne qui finit par tomber, alors que le roseau reste debout… Après le grand et majestueux banyan, on peut dire que je reviens en solo en tant que roseau !

Effectivement, on te connaît depuis quelques années comme chanteur du groupe The Banyans, qui a sorti deux albums et donné plus de 400 concerts. Que représente le groupe pour toi ?
Je ne peux pas décrire ce qu’il représente, ce projet m'a tellement apporté ! Ce sont mes premières expériences de scène et de studio, du petit bar du coin au Zénith de Paris, du home studio aux studios Davout… C’est aussi beaucoup de rencontres, de fous rires, de travail, de bonheur, de combat et de persévérance ! Ça m'a permis de réaliser des rêves, d'avancer dans ma passion et de faire passer le message en tournée comme sur album. Se retrouver en studio avec Big Youth ou Johnny Osbourne en Jamaïque, parler de Bob Marley avec Aston Barrett en première partie des Wailers… Forcément, ça restera gravé à vie !

Depuis quand songeais-tu à proposer un projet perso ?
Les Banyans ont une couleur musicale bien précise, du roots reggae universel chanté en anglais. Ça faisait longtemps que je voulais exprimer les influences et inspirations que j'ai depuis tout petit. J'ai grandi entouré de musiciens, avec beaucoup de reggae à la maison, mais aussi du hip-hop, de la soul, de l’électro, notamment avec mon grand frère… Voilà pourquoi, depuis mars 2016, j'ai lancé ce projet sous mon propre nom.

Comment s’est déroulée la réalisation de ce premier EP ?
Certaines compositions datent de quelques années, d'autres sont plus récentes. Après une tournée intense pour le deuxième album des Banyans, j'ai pris le temps de me ressourcer. Je suis parti seul sur une île grecque, c'est là que j'ai écrit le titre « Quoi de Plus Beau ». Après plusieurs semaines en solitaire, j'ai pris conscience de ce besoin d’être en contact avec les autres, de la joie des tournées et des rencontres… A mon retour, j'ai monté les morceaux en guitare/chant, puis j'ai commencé à les jouer en duo acoustique avec percussions. Nous avons fait la première partie de Clinton Fearon et Nâaman. Le public a vraiment bien réagi, ce qui m'a motivé à finaliser les compositions. Nous avons fait une tournée de vingt-cinq dates l’été dernier, ainsi qu'une autre en Angleterre à l'automne…

Avec qui l’as-tu enregistré et où ?
J'ai travaillé principalement avec Tamal sur Paris, entre son home studio et les studios Davout. Nous avions déjà bossé ensemble sur For Better Days. C'est un ami, un ingénieur du son et un beatmaker exactement dans le style que je recherche. J'ai aussi travaillé sur Toulouse avec Clem, batteur des Banyans, qui m'accompagne à la batterie sur ce projet, et Otam, beatmaker, mon autre acolyte. Sans oublier Jay, ancien guitariste des Banyans, qui est notre manager et tourneur.

Pourquoi ce titre d’Essence Of Life ?
J'avais envie de parler de cette essence si puissante et si belle qui vit en nous tous, cette énergie qui nous réunit, sans question de religion, de race ou de sexe. On peut y voir une notion scientifique ou spirituelle. Cet amour existe partout et en chacun de nous. De plus, avec ce projet, je reviens vraiment à mon essence. J'ai eu envie de retrouver l’adolescent qui écrivait des textes en français, qui ne se limitait pas à un style, qui écoutait simplement son cœur, sans se préoccuper du jugement des autres…

Quel est le fil conducteur des sept titres qui le composent ?
Je dirais que c'est l'amour et le respect de soi, la connaissance et la confiance en soi, pour pouvoir connaître et aimer les autres ; on peut retrouver ça dans chaque morceau. Musicalement, il y a une base hip hop, parfois électro, mélangé au reggae. Le dernier morceau est en acoustique, pour finir sur une note plus intimiste.

Avais-tu en tête dès le départ de faire un album court ?
En fait, je suis monté sur Paris pour mettre quelques compositions en place, sans même l'idée de sortir un mini-album. On pensait juste à un ou deux singles… Finalement, après quelques sessions, il y avait de quoi faire un EP. On aurait pu en mettre plus, mais on a préféré garder les titres les plus représentatifs pour découvrir mon univers…

Premier clip avec « Quoi de Plus Beau », comment s’est fait le choix du morceau ?
Je souhaitais sortir d’abord un titre qui rassemble les gens, en français, car presque personne ne m'a entendu chanter en français auparavant ! Pour bien marquer la différence avec les Banyans, c’est le bon premier extrait. Le second clip, « Essence Of Life », est sorti le 28 avril.

As-tu déjà un album en préparation ?
On travaille beaucoup, avec Clem et Otam, pour défendre le projet en live à trois. On sera au Nouveau Casino à Paris, le 19 mai, soir de la sortie, puis au Rototom Sunsplash, Reggae Sun Ska, Zion Garden, ainsi que plein d'autres dates cet été… Le prochain album est en préparation, avec de belles collaborations prévues. Nous testons actuellement de nouvelles compositions en live, pour ne garder que les meilleures !

Que se passe-t-il du côté des Banyans ?
Nous avons récemment pris la décision d’arrêter le groupe. Ça a été un choix long et douloureux, mais réfléchi. Nous sommes tous partis dans différents projets après le second album. Nous avions besoin d'air frais et, maintenant, nos projets nous prennent trop de temps pour continuer le groupe. Nous tenons à remercier tous les gens qui nous ont soutenus, autant le public que les professionnels. Nous n’oublierons jamais cette aventure. Tout ce que l'on a semé est loin d'être perdu et va nous accompagner pour la suite. Nous continuerons à partager le même message, la même vibe, avec nos nouveaux projets respectifs. Comme le dit Monsieur Marley : « When one door is closed, many more is open… ».

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #54 - juin/juillet 2017)

lundi 14 août 2017

Marcus Gad - Vibrations Australes

Le 14 avril dernier est sorti le premier album de Marcus Gad & Tribe, Chanting, au roots aussi méditatif et spirituel qu’engagé, puisant dans les origines des musiques jamaïcaines autant que dans celles de son île natale, la Nouvelle-Calédonie. Comme un retour aux sources exprimé avec les profondeurs de l’âme. Laissez-vous guider par Marcus Gad dans ce voyage initiatique hors du commun.

Quel est ton âge et d’où viens-tu ?
J'ai 26 ans et je viens de Nouvelle-Calédonie, où j'ai toujours grandi et vécu, bien que j’ai passé pas mal de temps sur la route ces six dernières années. Marcus est mon prénom de naissance. Gad correspond au mois de novembre, ma tribu, une référence astrologique… 

Depuis quand écris-tu des chansons ? Comment en choisis-tu les thèmes ?
J'ai commencé à écrire à l'âge de 17 ans. J'ai différentes manières d'écrire et j'essaie de laisser mon inspiration la plus libre possible. Certaines arrivent d’un seul coup, comme une vision claire, avec paroles et mélodies. Pour d'autres, je prends le temps de traiter un thème avec militantisme, après y avoir réfléchi… Comme « Purify », qui dénonce le système agro-alimentaire, les mascarades du marché de la semence potagère et la destruction des sols à l’échelle planétaire.

De quels instruments joues-tu ?
Je compose principalement avec ma guitare. C'est le meilleur outil pour écrire à la maison et sur la route. Je connais les bases en piano, basse et percussions, juste assez pour mettre en forme mes idées... Pour l'arrangement final de mes compositions, c'est la magie de Tribe qui opère !

Quels sont les rythmes que tu affectionnes ?
J'écoute beaucoup de musiques traditionnelles, de tous les continents, notamment africaines et afro-descendantes. Les rythmes et chants traditionnels sont des références pour qui souhaite faire une musique consciente avec une fondation solide ! En Nouvelle-Calédonie, nous avons le tchap et le ae ae qui sont pratiqués lors des coutumes et cérémonies. Ils sont régulièrement adaptés au kaneka et au reggae, notamment avec l'utilisation du bwanjep, ce battoir à écorce traditionnel que nous entendons et que nous fabriquons dans le clip de « Life Is Precious ».

Ton premier album, Chanting, vient de sortir au mois d’avril, après deux projets courts, Soul Talk en 2015 et Purify en 2016. Quand as-tu senti que le moment était venu de faire un album ?
J'ai enregistré mes deux premiers EPs à Nouméa avec mon ami d'enfance Jun Vandange, dans un appartement qui, au fil des sessions, est devenu le Studio Gadda, qui contribue aujourd'hui grandement au développement de la musique locale. Ces deux EPs ont été très bien reçus chez nous et ont eu un impact jusqu'en métropole. Ça m'a d’ailleurs permis de venir en tournée ici… J'attendais depuis longtemps d'enregistrer ce premier album et je tenais à le faire en conditions live, ce que nous ne pouvions pas faire en Nouvelle-Calédonie… Après la première tournée en métropole avec Tribe, c'était le bon moment pour entrer en studio. D’autant plus que nous avons eu la chance d'enregistrer au Studio Davout à Paris, quelques semaines avant sa fermeture définitive ! 

Quel est ton souvenir le plus marquant de ces sessions au studio Davout ?
Nous avons eu l'honneur de recevoir la visite de Monsieur Ken Boothe en personne ! C'était une belle surprise et un grand moment pour nous tous. On lui a fait écouter « Keep Cool » et il a pris la vibe direct ! Il nous a donné quelques précieux conseils et nous avons eu droit un beau résumé de l'histoire du reggae et de tout le chemin parcouru…

Pour cet album, vous avez choisi de réaliser des prises live en 432Hz au lieu de l’habituel 440Hz. Etait-ce important pour le groupe ? 
On voulait enregistrer de la manière la plus vraie possible, à l'ancienne. Pouvoir mettre dans notre interprétation une intention que l'auditeur pourrait ressentir, que la Tribu soit ainsi bien vivante. Le choix de la fréquence vient aussi de cette volonté d’obtenir un son authentique et unique. Les fréquences font résonner les objets physiques, donc le corps humain, et, selon leur intensité, provoquent une résonance plus ou moins harmonieuse avec le corps. La quasi-totalité de la musique actuelle est enregistrée en 440Hz. Le corps y est habitué. Lorsqu’on écoute une autre fréquence, on ne le remarque pas forcément, mais le corps vibre différemment...

Comment présenterais-tu Chanting ?
C'est un premier album longuement médité. Un voyage à travers plusieurs univers qui explore différents rythmes, en gardant toujours une connexion à la Terre et aux racines. La scène française a pris un tournant moderne très influencé par la culture urbaine qui n'est pas vraiment la mienne… La vibration de Chanting vient des montagnes de la Kanaky dans le Pacifique sud, ce qui en fait un peu un ovni dans le paysage du reggae français…

Les chansons éponymes des deux EPs figurent également sur l’album. Pourquoi ce choix ?
Je suis conscient que de nombreuses personnes vont découvrir ma musique grâce à la sortie de ce premier album. Ces deux chansons sont des pierres angulaires de mon identité musicale. Comme je le disais, « Purify » contient un message que je tiens à faire passer et qu'il n'est pas vain de répéter aujourd'hui !

Comment est venue l’idée d’utiliser un texte de Marcus Garvey et de faire cette chanson « Keep Cool » ?
Je lisais la biographie de Garvey qui mentionnait brièvement que lors de son incarcération, à Atlanta en 1927, il a écrit un texte destiné à être mis en musique, intitulé « Keep Cool », hymne plein d'espoir adressé aux combattants de la cause noire. J'ai immédiatement pensé qu’il devait y avoir au moins une interprétation de cette unique chanson écrite par le Black Moses, mais je n’en ai trouvé aucune... A la première lecture des paroles, la mélodie est venue d’elle-même ! Le texte est chargé d'images fortes et rédigé avec une grande musicalité. La chanson était là, il ne restait qu'à la chanter… C’est un peu comme si j'avais trouvé un trésor !

« The Valley » est le deuxième single et clip issu de l’album. A-t-il été tourné en Nouvelle-Calédonie ?
Non, il a été tourné à La Réunion, lors de notre tournée avec Tribe en décembre 2016, et a été réalisé dans le même esprit que les précédents : donner à voir quelque chose de réel, en mettant le naturel au premier plan. Deux autres clips, tournés, eux, en Nouvelle Calédonie, sortiront bientôt…

Les concerts ont démarré juste après la sortie de Chanting. Comment ça se passe ?
On rend grâce ! Partager la musique sur scène est une expérience forte et enrichissante pour tous. C'est une bénédiction de pouvoir tourner en Europe, quand on vient de si loin ! Le plan de Jah est parfait et je remercie pour chaque instant passé à accomplir mon travail…

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #54 - juin/juillet 2017)

vendredi 11 août 2017

Nattali Rize - Fréquences Rebelles

Depuis la sortie de « Rebel Love » et de l’EP New Era Frequency, il était certain qu’on allait de plus en plus souvent entendre la voix de Nattali Rize. Son premier album, Rebel Frequency, vient de sortir et il donne vraiment de quoi se réjouir. En tournée avec Protoje, la chanteuse australienne a pris le temps d’échanger avec nous sur sa musique à l’âme rebelle.

Rebel Frequency est disponible depuis le 24 mars en France chez Baco Records. C’est ton premier album sous le nom de Nattali Rize. Quand et comment est né ce projet ?
Rebel Frequency est né d’un profond processus de composition d’une musique jamaïcaine vivante et aussi du désir personnel de continuer à amplifier la voix et l’essence d’une liberté totale. Le besoin inhérent de ne pas juste faire de la musique rebelle, mais de la perpétuer et de la délivrer, en résonnant dans les cœurs et les esprits de tous ceux qui peuvent l’entendre. Les chansons de l’album ont commencé à prendre forme il y a environ deux ans. Certaines sont nouvelles, comme « Hypocrisy », « Fly Away », « Evolutionary »… D’autres un peu plus anciennes...

Qui est Notis Heavyweightrockaz ? Quand avez-vous commencé à faire de la musique ensemble ?
Notis Heavyweightrockaz est un duo basse-batterie. Nous avons commencé à faire de la musique ensemble la nuit où nous nous sommes rencontrés, en 2013, en Australie, quand le batteur de Notis, Unga Barunga, était en tournée avec Jimmy Cliff. J’ai accueilli les membres du groupe chez moi  et nous avons commencé à jammer. Nous avons écrit et enregistré le tout premier single de Nattali Rize & Notis cette nuit-là, « Rebel Love », avec Zuggu Dan qui tournait aussi avec Jimmy comme guitariste. Depuis, nous avons décidé de bosser ensemble à travers le projet Nattali Rize & Notis et avons enregistré l’EP 9 titres New Era Frequency en 2014, à Kingston principalement.

« Rebel Love » est un véritable hit ! Comment avez-vous eu l’idée de transformer « Soul Rebel » de Bob Marley en chanson d’amour ?
« Rebel Love » a été écrite très naturellement, presque toute seule. Nous étions juste en train de chanter et jammer, puis « Soul Rebel » est devenue puissante… En particulier pour moi, car la grande majorité de mes chansons parlent de conscience et de liberté. J’écris rarement des chansons d’amour, celle-ci est un bon équilibre entre amour et âme rebelle, ce qui me correspond bien !

Tu utilises souvent le mot « rebel ». Quel sens ce mot recouvre-t-il pour toi ?
La rébellion est une chose, un sentiment, un mot, une action… qui vient d’un lieu de pensée qui se situe en dehors du paradigme actuel d’oppression des possibilités humaines, c’est-à-dire le capitalisme et les systèmes mondiaux constitués. Il vient de la croyance qu’un autre monde n’est pas seulement possible, mais qu’il se réalise…

Qu’as-tu ressenti en travaillant sur l’album Rebel Frequency ?
Ça a été un gros boulot. Après avoir écrit, enregistré, réalisé les détails et, enfin, fini un album, on ressent une grande émotion, presque comme si son existence était évidente. Rebel Frequency est là depuis un bon moment, peut-être même plus longtemps que je ne le pense…

On retrouve sur l’album les deux combinaisons qu’on a pu découvrir l’année dernière, avec Kabaka Pyramid (« Generation Will Rize ») et Julian Marley (« Natty Rides Again »). Comment avez-vous décidé de faire un morceau ensemble ?
Je suis une grande fan de ces deux artistes. J’ai rencontré Julian en Australie où nous avons tourné ensemble. Quand nous étions à Kingston, je lui ai joué quelques mélodies et il en a choisi une de notre guitariste, OneRebel. Pour Kabaka, nous nous sommes rencontrés la nuit où nous avons enregistré sa partie sur « Generation Will Rize ». J’avais laissé de la place sur cette chanson pour un invité, j’attendais de trouver la bonne voix et la bonne énergie. Quand je l’ai vu chanter à Kingston, avec son style conscient au parfait niveau pour la chanson que j’avais écrite avec Notis, nous sommes allés le voir et il est venu enregistrer. Il y aura certainement d’autres collaborations Rize-Pyramid à venir !

Tu sembles proche de la nouvelle génération à qui on doit le mouvement reggae revival. Dre Island et Jah9 sont présents sur « Evolutionary », Raging Fyah sur « Fly Away »…
Quand tu passes du temps à un endroit, tu te connectes avec les gens qui t’entourent. Pour moi qui suis musicienne, ces personnes sont des artistes, des musiciens, qui forment aussi une communauté consciente en Jamaïque. Je suis reconnaissante que leur talent amplifie les intentions et les fréquences de l’album. Ce sont des artistes et des personnes incroyables !

Y a-t-il d’autres artistes avec qui tu aimerais collaborer ?
Oui, j’aimerais bien chanter avec Ini Kamoze, Burning Spear, Samory I… et beaucoup d’autres !

A l’instar du single « One People », toutes les chansons de l’album parle de l’évolution de l’humanité… De quels changements penses-tu que nous ayons besoin pour aller vers un monde meilleur ?
La vraie révolution se trouve dans l’évolution de nos consciences et de nos esprits. Cela signifie que nous devons apprendre à nous aimer et à nous connaître nous-mêmes, c’est ainsi que nous pourrons connaître et aimer les autres. Notre émancipation personnelle de l’esclavage mental aura inévitablement un effet positif sur l’émancipation de tous. Jusqu’à ce jour, nous allons continuer à avancer ensemble et se rappeler que nous avons le pouvoir de décider de nos destinées, de créer nos propres réalités, de rêver et imaginer un nouveau monde, avec une véritable paix, prospérité et liberté.

Avant Nattali Rize & Notis, tu chantais au sein du groupe australien Blue King Brown, depuis 2006. A quoi ressemblait cette aventure musicale ?
Blue King Brown est ma famille australienne. Il représente mon évolution musicale, depuis jouer dans les rues jusqu’à monter sur de très grandes scènes… Le groupe s’est fait un nom sur toute la planète, bien qu’il ne sorte pas souvent d’Australie, et il continue encore aujourd’hui…

Tu joues en première partie de Protoje en Europe actuellement. Que penses-tu de la France ?
J’aime beaucoup la France ! Les shows avec Protoje sont incroyables. Celui à Paris au Trianon, le 19 avril, est l’un des plus mémorables que nous ayons fait en Europe ces derniers mois ! Le public est très accueillant et soutient vraiment le mouvement. Nous remercions Baco Records et Protoje pour tous ces puissants moments de roots, reggae, rebelle & Rize music !

Pour finir, quelques mots pour les lecteurs de Reggae Vibes…
Continuez à croire en votre capacité à être vos propres maîtres, à vous émerveiller et vous connecter avec vous-mêmes afin que les vibrations positives se projettent dans vos réalités et vos mondes. Vous êtes le futur, écrivez-le avec vos propres mots, pensées et cœurs. Purifie l’intérieur et cela se reflètera sur l’extérieur… Rize !

Simba


(Reggae Vibes Magazine #54 - juin/juillet 2017)

mardi 8 août 2017

Conquering Records

Parmi les bonnes productions récemment parues qu’on doit à notre territoire, le My Enemies riddim est la première instrumentale concoctée par Conquering Records, prolongation logique du très actif Conquering Sound.
En 2010, Ju-Lion crée le Conquering Sound à Avignon, rejoint, deux ans plus tard, par Green Ben. Ces deux passionnés de reggae, collectionneurs de vinyles, sélecteurs, souhaitent diffuser au maximum les musiques jamaïcaines, dans toute leur diversité, des années 1960 à nos jours, avec un faible pour les vibrations conscientes et positives. Ils mettent un point d’honneur à emmener partout avec eux leurs boîtes de 45 tours pour perpétuer la tradition originelle des sound systems. Dès ses débuts, le Conquering Sound se donne pour mission de jouer dans toute sorte de lieux, aussi bien dans des bars que sur de gros festivals, d’accompagner sur scène des artistes de leur entourage et d’alimenter, au fur et à mesure, la box de dubplates. Patko est le premier artiste qu’ils backent régulièrement depuis 2010. Les rejoignent ensuite Sir Jean, puis Natty Jean, et, plus ponctuellement, Soom T, Brahim, Solo Banton, Tiwony, Brother Culture… L’idée de développer, en parallèle, un label du même nom trotte dans leur tête depuis des années. La première sortie qui lance Conquering Records sera la Gun Salute Mixtape avec Sir Jean, en septembre 2016. A peine quelques mois plus tard, une première production fait surface et porte le nom My Enemies, une instrumentale créée par Green Ben, en 2014, à partir d’un sample de la chanson de Yabby You, « Deliver Me From My Enemies ». Ce morceau fait partie des classiques et méritait bien d’être mis en valeur grâce à une instrumentale roots et moderne qui soulignerait son fil conducteur. C’est pourquoi le nom et le visage de Yabby You apparaissent sur tous les visuels qui accompagnent cette série. Six artistes sollicités au fil des rencontres ont participé au projet et Ju-Lion et Green Ben tenaient à être présents lors de chaque session d’enregistrement. Côté jamaïcain, Spectacular et Lutan Fyah ; côté français, Djanta et LMK ; et, également, l’italien Lion D et le Sénégalais Sir Jean. Au bout du compte, le My Enemies riddim est composé de six morceaux, disponibles depuis le 3 février, réunis sur trois vinyles 7’’, ainsi qu’en téléchargement légal, accompagné de la version instrumentale. En vinyles addicts invétérés, ils ne pouvaient pas imaginer ne pas sortir le projet sur galettes ! Nos deux acolytes avouent travailler, depuis déjà un bon moment, sur une seconde instrumentale, tirée d’un autre classique jamaïcain, qu’ils comptent nous révéler dès que la série sera finalisée, tout en bossant sur une nouvelle mixtape… Pendant ce temps, le Conquering Sound est toujours sur les routes, notamment avec Sir Jean. La voie est libre !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #54 - juin/juillet 2017)

samedi 5 août 2017

Letoyo

Le 5 mai est sorti l’album de Letoyo, Simple Ticket, chez Khanti Records, intitulé ainsi pour la bonne raison qu’il est le fruit d’un aller simple pour la Jamaïque. Enregistré au studio Harry J en compagnie des Roots Radics, ce dernier est disponible en digital et en CD, distribué par PIAS.
Letoyo doit son pseudonyme au nom de sa grand-mère, accolé au diminutif de son prénom, Yoann. A l’âge de 14 ans, alors qu’il vit à La Réunion, il se met à la musique après avoir posé les mains sur une guitare. Il écoute beaucoup de seggae, de maloya et aussi du rock et du reggae. Il quitte l’île à l’âge de 17 ans pour intégrer une école de musique en métropole, avant d’y retourner plus tard. Entre 2003 et 2005, il fait de nombreuses scènes réunionnaises avec son groupe, notamment les premières parties d’artistes renommés tels que Steel Pulse, Israel Vibration, The Congos, Earl Sixteen… Le premier album autoproduit de Letoyo sort en 2009. Ecoute affiche un reggae aux sonorités africaines et de l’océan indien. Quatre ans plus tard arrive l’EP 5 titres Kér Métissé, dont le morceau éponyme et son clip dépassent les frontières de l’île. D’ailleurs, sa première prestation en métropole sera « Kér Métissé » en 2012, à Brignoles, invité sur scène par Danakil et Natty Jean. Il tournera ensuite sur tout le territoire avec le groupe Jah Legacy, ainsi qu’en sound system. On retrouve déjà Flabba Holt à la basse sur ce titre, l’EP ayant été masterisé à Tuff Gong lors de sa première venue en Jamaïque. C’est là aussi qu’il démarre les ébauches du futur album, puisqu’il est venu nourrir son inspiration et ressentir au plus près les fondations. Grâce à Flabba Holt, les Roots Radics sont emballés d’enregistrer avec lui ce Simple Ticket, le regretté Style Scott à la batterie et Obeah Denton aux claviers. De retour à La Réunion, il s’occupe des parties de cuivre avec ses musiciens, Marc Elvira, Julien Kopeinig et Lionel Grondin. Une fois que tout est en boîte, Letoyo retourne à Kingston pour mixer l’album, à Mixing Lab, avec Fatta Marshall, pendant plus d’un mois : « Je souhaitais un mix aussi puissant que les prises de son. (…) En fait, dès mon arrivée en Jamaïque, j’ai eu l’impression d’être à la maison. On a vraiment pris en considération mon travail et mes ambitions, tout en me faisant confiance. On m’a pris comme je suis et sans jugement : blanc, ital et rasta, ce qui n’a fait que renforcer ma foi. J’ai appris que la vie c’est « one time », si tu ne le fais pas maintenant tu ne le feras peut être jamais ! (…) J’ai longtemps cru, comme beaucoup, que nous n’avons pas besoin des Jamaïcains pour jouer du reggae, mais ses fondations et sa culture viennent de cette petite île. C’est le pays du reggae ! » Les voix invitées sur l’album (Empress Thunderous, Muzam, Sabba Tooth) ont toutes été rencontrées sur place, amenant une collaboration évidente à chaque fois. Kubix est aussi de la partie, présent à la guitare lead sur les titres « Une Etoile » et « Raciste ». Depuis juillet 2016, le chanteur a posé ses valises dans l’Hexagone. Prenez votre billet, Letoyo sera sur les routes cet été, avec ses chaleureuses vibrations à partager en quantité !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #54 - juin/juillet 2017)

vendredi 30 juin 2017

Vibronics - Half Dub Century

Il y a du lourd chez l’anglais Vibronics avec la sortie d’un album épatant, Half Dub Century. Comme son titre l’indique, le dub affiche cinquante ans de musique au compteur ! Steve a pensé à un album regroupant des morceaux emblématiques de ces cinq décennies et c’est avec un ami de longue date, tout aussi impliqué dans le genre, Dougie Wardrop de Conscious Sound, qu’il s’est associé pour obtenir le meilleur son qui puisse mettre en valeur cette tranche d’histoire.

Vibronics meets Conscious Sound Half Dub Century est sorti le 3 février dernier. Cet album célèbre cinquante ans de musique dub ! Comment est née cette idée ? Qui en a été l’instigateur ?
C’était mon idée. Plus j’avance dans le dub, plus je suis intéressé par l’histoire, très riche, de cette musique. Au milieu celle-ci, il y a la petite place de Vibronics, après vingt ans d’activité.

Depuis combien de temps connais-tu Dougie Wardrop de Conscious Sound ? Comment vous êtes-vous rencontrés ? Avais-tu déjà fait de la musique avec lui auparavant ?
Je connais Dougie depuis plus de quinze ans ! J’avais l’habitude d’écouter ses disques au début des années 1990, quand j’ai commencé à découvrir le nouveau style digital du dub UK. Nous avons fait plein de concerts ensemble au cours des années et pas mal de remixes. En 2016, nous avons bossé ensemble sur le projet 3 The Dub Way avec The Disciples, et c’est d’ailleurs ce qui amené l’idée de Half Century Dub.

Pour célébrer en grande pompe ces cinquante années de dub, vous avez choisi de reprendre plusieurs classiques du genre. Quels sont les morceaux originaux que vous avez utilisés ?
Alors, il y a, dans l’ordre : Ronnies Davies « Jah Jah Jahovia », Freddie McGregor « Leave Ya », White Mice « Try A Thing », Johnny Osbourne « Kiss Somebody », King General « Long Time », Vibronics « Jah Light Jah Love », Kenny Knotts « Babylon Fall Down », Vibronics « China Dub » et deux nouveaux morceaux exclusifs, spécialement composés pour ce projet inédit, « Blaze A Fire Dub » et « Hail Up Dub ».

Pourquoi seulement dix morceaux pour cette rétrospective ?
Je voulais que chaque décennie du dub soit représentée : les années 1970, 1980, 1990, 2000 et 2010. Pour chacune, nous avons tous les deux choisis un morceau, ce qui en donne donc dix en tout !

Que ressens-tu pour la musique dub ?
Je l’aime un peu plus à chaque instant. C’est quelque chose que j’ai avec moi depuis tellement longtemps, que je ne peux pas imaginer ma vie sans ! Le dub change tout le temps et parvient toujours à rester moderne, c’est ce qui m’intéresse tout particulièrement. Il est en constante évolution et il n’a pas de limite, c’est ce qui rend cette musique si vivante.

Que penses-tu de son évolution au fil des ans ?
C’est quelque chose que je n’aurais jamais imaginé, le monde entier écoute du dub, c’est vraiment incroyable ! Je suis content de le vivre réellement et d’en faire partie.

Depuis quand en joues-tu précisément ?
Vibronics a démarré en 1995, en faisant uniquement des dubs pour Aba Shanti et Iration Steppas, au départ. Puis, c’est en 1997 qu’est sortie la première production de Vibronics. Vous connaissez la suite…

Quels sont, pour toi, les trois artistes majeurs du dub ?
Difficile de n’en choisir que trois ! Mais, là, comme ça, je dirais que je recommande à tout le monde d’écouter les pionniers : Scientist, King Tubby et Mad Professor.

Et les trois albums essentiels ?
A nouveau, difficile de choisir ! Je conseillerais : Scientist Wins The World Cup, Dub Judah Dubtech Dub et The Disciples Resonations.

Que penses-tu de ton parcours, celui de Vibronics, depuis toutes ces années ?
Très occupé ! Pour faire carrière dans la musique, il faut réellement avoir tout le temps de nouvelles idées et de nouvelles sorties. Le dub n’est pas comme le rock, par exemple, où tu peux faire un album tous les quatre ou cinq ans. Le dub a besoin de nouvelles instrumentales et de nouvelles productions en permanence. Ma musique est destinée au sound system et le sound system se nourrit constamment de nouveautés à jouer.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ? Quelles seront les prochaines sorties ?
Il y a beaucoup de choses sur le feu. Des projets avec des légendes jamaïcaines, Rod Taylor, Michael Prophet et Earl 16, un album de dub mettant à l’honneur les femmes, un nouveau projet avec un batteur et un bassiste… Ça n’arrête jamais au Studio Vibronics !

Aurons-nous l’occasion de voir Vibronics et Conscious Sound jouer ensemble pour la sortie de Half Dub Century ?
Oui, bien sûr, nous avons de super concerts programmés en Grande-Bretagne, Belgique, Croatie, en France aussi… Beaucoup de voyages en vue, où nous allons pouvoir partager au maximum notre musique avec la foule. C’est notre passion et notre travail, nous sommes vraiment très chanceux de vivre ce rêve !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #53 - avril/mai 2017)

mardi 27 juin 2017

Les Vieux Môgôs

Si vous êtes en quête de bon reggae roots aux effluves africains, à la fois conscient et spirituel, vous allez adorer Les Vieux Môgôs. Ce groupe, né à Abidjan il y a bientôt vingt ans, vient d’enregistrer un nouvel album, Motherland, chaleureux et vibrant, qui vaut vraiment le détour.
Sam Koné, le batteur – dont le nom évoque sans doute à vos oreilles le Solar System et quelques albums incontournables d’Alpha Blondy –, a eu l’idée de regrouper des musiciens chevronnés et expérimentés qui avaient envie de faire de la musique ensemble, pour la diffuser dans leur pays et, si possible, bien au-delà : celle qu’ils aiment depuis si longtemps, le roots reggae, auquel ils mêlent inévitablement une petite touche africaine bien à eux. Pour cela, il fallait aussi un nom à leur image, qui reflète au mieux leur identité. Sachez que « môgô » signifie, en langue malinké, le grand frère, l’aîné. Quelques musiciens sont partis et d’autres sont arrivés au cours des nombreuses années que Les Vieux Môgôs ont derrière eux. Aujourd’hui, ils sont neuf : Lucien Atsé à la basse, Sam Koné à la batterie donc, Willy Kodjo aux percussions, Adou Siméon au clavier, Osha David à la guitare, Carmelithe et Mory au chant, ainsi que Joël Gbanda, ingénieur du son, et Olivier Koffi, manager du groupe. En 2011 sort leur premier album Confirmation, sur le label d’Alpha Blondy, qui leur apporte beaucoup en sagesse et en expérience musicale. Confirmation reflète parfaitement leur style à la fois roots et africain. Il a été réalisé entre Paris et Abidjan et a donné lieu à de nombreux concerts, passant, notamment, par les plus beaux festivals du continent africain (Festa, Abi Reggae, APT, 24h Reggae…), ainsi que de fréquentes sollicitations de nos musiciens à jouer sur d’autres scènes. En 2013, l’équipe commence à travailler sur un nouvel album. Le résultat obtenu s’intitule Motherland, disponible depuis le 24 mars. Par le biais d’une atmosphère positive, Les Vieux Môgôs reviennent aux racines, la terre africaine, d’où le choix du titre et du visuel qui l’accompagne, qui se devait de mettre au premier plan un instrument traditionnel. La petite fille qui joue des percussions symbolise l’espoir et l’avenir, d’autant plus que Lucien est son papa ! Les dix morceaux de ce deuxième opus, de « Addis-Abeba », dont le clip vient tout juste d’être dévoilé sur la Toile, à « Djaga », laissent s’exprimer, en toute liberté, leur musique sincère et consciente. Ils parviennent à rester fidèles à leurs racines dans le jeu des instruments, comme aux valeurs dans leurs textes. Il s’agit d’idées de paix, d’amour, de solidarité, face à la dureté du monde actuel et à l’individualisme. Avec l’aide d’iWelcom, le groupe met en place les prochaines dates de concert dans notre pays. Il planche également sur la sortie de l’album en Côte d’Ivoire, qui aura lieu fin avril. Les Vieux Môgôs n’ont qu’une seule envie : partager au maximum toutes ces bonnes vibrations !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #53 - avril/mai 2017)

samedi 24 juin 2017

Booboo'zzz All Stars

Plus qu’un simple backing band, les musiciens de Booboo’zzz All Stars ont eu la bonne idée de réaliser un album regroupant une poignée de covers, teintées de reggae, de chansons auxquelles on n’aurait pas forcément pensé, issues de tous les genres. Confiées aux cordes vocales d’artistes avec qui ils ont déjà eu l’occasion d’échanger des vibrations, la magie opère tout bonnement à la rencontre de leurs instruments. Studio Reggae Bash est sorti le 10 mars chez Baco Records.
Le collectif Booboo’zzz All Stars existe depuis 2013, composé de Jon Jon (guitare rythmique, chœurs), Nimal (batterie), Bubar (basse), Oliver Smith (claviers, chœurs) et Wyman Low (guitare lead, chœurs). Vous avez certainement déjà entendu parler de chacun d’eux, sans le savoir peut-être, puisqu’ils n’en sont pas à leur coup d’essai. L’an passé, Wyman Low figurait dans nos pages grâce à son album Trippin, sorti chez Khanti Records, en compagnie des musiciens des Ravers. Quant aux autres, Jon Jon a fait partie, pendant une dizaine d’années, du trio vocal The Jouby’s ; Nimal est également batteur pour Tom Frager ; Oliver Smith joue, quant à lui, dans Alam et dans le groupe de rythm’n blues jamaïcain, Train’s Tone. Le club qui les a réunis en 2013 s’appelait le Booboo’zzz. C’est de là que vient le nom si particulier qu’ils ont donné à leur backing band. Pendant deux ans, tous les mardis, dans ce club de Bordeaux, ils ont fait leurs sessions micro ouvert, qui ont aussi semé les graines des projets suivants, comme les vidéos live diffusées sur le Net, jusqu’à cet album Studio Reggae Bash. Il faut dire que les covers étaient déjà leur spécialité à cette époque, reprenant des standards des années 60 ou 70 comme des morceaux plus actuels, avec toujours une pointe de reggae. Aujourd’hui, le club a déménagé plus au sud, plus près du sable, mais conserve son ambiance aussi chaleureuse. De 2013 à 2015, nos cinq musiciens ont eu l’occasion d’accompagner plus d’une cinquantaine d’artistes dans leurs sessions, dont Balik de Danakil, Max Livio, Papa Style… L’histoire de ce premier album est peu commune. Tout a commencé par des vidéos live de ces covers enregistrées en studio, puis partagées sur les réseaux sociaux. Au vue de leur succès inattendu et de l’enthousiasme général, l’idée d’en faire un plein album leur vient à l’esprit et ne semble pas si insensée, étant donné la qualité des pistes comme des prises. Alors qu’à ce moment-là, ils démarrent à peine leur collaboration scénique avec Volodia, Baco Records est tout de suite emballé par le projet. C’est la parfaite association de la chanson au chanteur – ou bien l’inverse – qui rend toute l’intensité de ces Studio Reggae Bash. Au programme, Max Livio se frotte à Alain Bashung (« La Nuit Je Mens »), Laurène à Björk (« Venus As A Boy »), Guive à Tom Jones (« It’s Not Unusual »), Dre Gipson à Amy Winehouse (« Love Is A Losing Game »), Volodia à MC Solaar (« RMI »)… Les Booboo’zzz All Stars sont actuellement en tournée avec ce dernier pour la sortie de son album Un Pied Sur Terre. Ce qui n’empêche pas les sessions live d’être toujours au programme. D’ailleurs, la saison 2 des Studio Reggae Bash a déjà commencé ! Retrouvez toutes les vidéos des Studio Reggae Bash sur leur chaîne YouTube : Booboozzz All Stars

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #53 - avril/mai 2017)

vendredi 9 juin 2017

Wach'Da

Installé en France depuis le milieu des années 70, Joseph Rano dit Wach’Da est originaire de la Martinique. Plus de trente ans après la création de son groupe, le moment d’un troisième album est arrivé, intitulé Jeux de Vérité, il est disponible en téléchargement légal depuis le 24 février.
L’histoire du nom Wach’Da vient de sa grand-mère qui, pour s’assurer de la bonne santé de sa voisine, se souciait de l’entendre, chaque jour, couper le bois à la hache. « Wach » signifie hache en patois créole et « Da » désigne celui qui est bienveillant. Le groupe commence à se produire en concert au début des années 1980. Ils font le tour des scènes parisiennes et alentour pendant plus de dix ans avant de sortir un premier album, en 1994, Passeport Pour La Vie. Il faudra ensuite attendre quinze ans pour voir naître son petit frère, Tout l’monde Tout l’temps, en 2010. La formation du groupe a du évoluer, au gré des années et du parcours de chacun, mais sans jamais perdre le fil de sa musique. Wach’Da résiste aux effets du temps et continue à faire les choses soigneusement. En français, en anglais et en créole, sa voix exprime ce que lui souffle l’inspiration. Issu d’influences multiples, du reggae à la soul en passant par le R&B, la funk, les musiques caribéennes… le style original de Wach’Da serait une sorte de reggae world music. « Jeux de Vérité représente le début d’une nouvelle ère, un renouveau, le résultat de toutes mes expériences vécues. C’est un appel à la vigilance à rester connectés, à différents niveaux. Je pense qu’il y a une continuité avec les précédents albums, malgré le temps qui passe, dans le sens où la source reste la même. Les différences se trouvent dans les nouveaux outils techniques de notre époque que nous utilisons. Quant au titre et au thème de cet opus, chacun a sa vérité, et celle-ci doit se conformer ou se confronter à une sorte de vérité universelle. » L’album a été enregistré à Paris il y a quelques mois, avec une belle équipe de musiciens : Richacha Balengola (batterie), Christian Moore (claviers), Jérôme Perez (guitare), Junior Maclier (basse)… Parmi les invités, Winston McAnuff, sur le titre « Leave A Chance », aborde le mépris que l’homme semble porter à la Terre et la chance que nous avons d’être vivant. Enregistré à Londres, le morceau mi-rap mi-reggae « Antillais », avec le jeune rappeur Afroz, est un hommage à son île natale, la Martinique, où Wach’Da vient d’ailleurs de passer deux mois, pour quelques concerts notamment. Autre surprise : un duo avec Sandrine Bonnaire sur le titre « Le Monde à l’Envers », accompagné d’un clip que l’actrice a coproduit et coréalisé avec Fabienne Robineau, est à apprécier dès maintenant sur la Toile. Wach’Da se concentre sur les prochaines dates de concert qui feront vivre ce nouvel album sur scène, espérant que les occasions ne manqueront pas de le partager et le faire voyager au loin. Restez connectés !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #53 - avril/mai 2017)

mercredi 7 juin 2017

Subajah

En 2013, Subajah nous invitait à faire sa connaissance avec l’EP Voice Of Freedom. Cette agréable introduction incitait, d’emblée, à rester attentif à la chaleureuse voix de ce chanteur français installé à Londres depuis près de dix ans. Le voici muni d’un premier album intitulé Architect, où figurent, notamment, les singles qui nous avaient fait patienter « Hold You » et « Walls Of Babylon ».
« Architect est mon premier album, ma première pierre, une petite porte ouverte sur mon univers. J’y présente les différentes parties de mon monde musical. C’est un album essentiellement deep roots. On y retrouve des morceaux très lents, dans la lignée de Voice of Freedom, d’autres plus explosifs, mais aussi de l’acoustique, avec une touche de musique malinké d’Afrique de l’Ouest. J’ai choisi le titre Architect parce que le tout-puissant, Jah, est l’architecte de ce monde, mais aussi, parce qu’à notre propre échelle, nous sommes également des architectes. Nous nous devons d’apporter notre plan, notre construction, pour un meilleur monde. La pochette représente la vie au milieu d’un paysage désertique, ce qui symbolise nos racines, la création originelle, à partir de rien. Je m’inspire de mon environnement, de ce qui m’entoure, que ce soit positif ou négatif. Tout est source d’inspiration, le monde dans son ensemble, autant la beauté de la nature et des éléments, que les atrocités du système, ses injustices et la négativité qu’il répand… Le fond est aussi primordial que la forme, pour moi, dans la musique. Ce qu’on chante ou joue doit sortir des profondeurs de l’âme et doit avoir cette connexion avec les profondeurs de la Terre et de l’univers. Les enregistrements ont eu lieu au printemps 2015. J’ai fait appel à mon équipe, The Architects Band. Nous avons fait le voyage depuis Londres pour enregistrer live, tous ensemble, au Studio Davout à Paris, avec Tamal, super ingénieur du son avec qui j’avais déjà travaillé pour mon EP. Seuls les percussions et chœurs ont été enregistrés séparément, à Londres. J’ai également fait appel à la section cuivre de Tu Shung Peng (Fred et Alex), à Youssouf Diabaté au n’goni et Amen Viana à la guitare sur mes morceaux acoustiques, Roadz et Grandpa aux percussions, Les Menenites, JJ Soul X, Djayan, Supa Dona aux chœurs… La liste est longue ! Aussi, le dub est une part importante de la musique reggae et, en Angleterre, il est vraiment très présent. C’était une évidence pour moi d’inclure plusieurs pistes dub sur cet album. En dubbant, on capture une autre expression, vraiment unique, à partir des mêmes sons, et les possibilités sont infinies. Tamal et First Eye livrent ici chacun deux versions dub. Avec la sortie de cet album, je souhaite un maximum de concerts, de vibrations, de rencontres… Je travaille déjà sur mon deuxième opus et j’ai aussi d’autres projets en cours. Pour l’instant, la plupart des dates de concert confirmées sont en Angleterre. J’espère me produire bientôt plus souvent en France et ailleurs. La scène est le lieu où s’exprime pleinement l’essence même de la musique ! »

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #53 - avril/mai 2017)